Le dhikr : Le souvenir de Dieu, une révolution intérieure
« En vérité, c’est par le rappel de Dieu que les cœurs s’apaisent. »
(Coran, 13:28)
Dans le tumulte incessant du monde moderne, où l’esprit est saturé d’images, d’informations et de distractions, il devient de plus en plus difficile de faire silence. Nos pensées s’entrechoquent, nos émotions nous gouvernent, et nous sommes prisonniers d’un flux ininterrompu d’agitation mentale. Pourtant, au cœur de cette cacophonie, une voix intime murmure : le dhikr, le souvenir de Dieu.
Le dhikr n’est pas une simple répétition de formules, ni un rituel mécanique déconnecté du cœur. Il est un art, une discipline et surtout, une science de la présence. Il ne consiste pas à seulement prononcer des mots, mais à orienter toute l’âme vers l’Unique, à purifier l’esprit de ce qui l’encombre pour le recentrer sur l’essentiel. Il est une révolution intérieure, un acte de résistance contre l’oubli et l’aliénation du monde.
L’oubli de Dieu, l’oubli de soi
Le Coran nous met en garde contre une des plus grandes maladies du cœur : l’oubli de Dieu.
« Et ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Dieu ; Il leur a fait alors oublier leurs propres âmes. »
(Coran, 59:19)
Ce verset est d’une profondeur vertigineuse. Il nous enseigne que l’éloignement de Dieu entraîne un éloignement de soi-même. Celui qui vit dans l’oubli du divin perd la connaissance de sa propre nature. Il devient étranger à lui-même, emporté par des désirs illusoires et une existence fragmentée. Il cherche à combler un vide intérieur par l’accumulation, la distraction, le bruit, mais ne trouve qu’une angoisse diffuse, une instabilité permanente.
À l’inverse, le dhikr est ce qui reconnecte l’homme à son être profond. Il est un acte de réappropriation de son âme, une réconciliation avec sa fitra, cette disposition originelle qui tend naturellement vers Dieu.
Le Prophète ﷺ a dit :
« La différence entre celui qui invoque son Seigneur et celui qui ne L’invoque pas est comme la différence entre le vivant et le mort. » (Rapporté par Boukhari et Muslim)
Le dhikr est ainsi une source de vie. Il ranime les cœurs asséchés, redonne souffle à l’âme et permet à la lumière divine d’éclairer l’intérieur de l’homme.
Le dhikr, une purification du cœur
L’homme est un être habité par le monde. Il accumule sur son cœur des impuretés subtiles, non pas de simples péchés visibles, mais surtout des attachements toxiques : l’orgueil, la jalousie, l’avidité, la rancune, l’excès de préoccupation pour la dunya.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Il y a dans le cœur un morceau de chair : s’il est sain, tout le corps est sain, et s’il est corrompu, tout le corps est corrompu. Il s’agit du cœur. » (Rapporté par Boukhari et Muslim) Et comment purifier ce cœur ? Par le dhikr.
Le dhikr est un polissage. À l’image d’un miroir terni par la poussière, le cœur doit être régulièrement nettoyé pour refléter la lumière divine. Le Prophète ﷺ a dit : « Tout a un produit pour le nettoyer, et ce qui nettoie le cœur, c’est le souvenir de Dieu. » (Rapporté par Ibn Majah)
Le dhikr n’est pas qu’un moyen d’obtenir des récompenses. Il est une nécessité existentielle, une hygiène intérieure aussi indispensable que la respiration. C’est par lui que l’âme retrouve sa clarté et que le cœur peut à nouveau percevoir la Réalité divine.
Un rappel dans chaque souffle
Le dhikr authentique ne se limite pas à des instants de prière ou à des séances d’invocation formelles. Il est un état permanent, une présence continue du cœur à Dieu. Il se murmure dans les moments d’épreuve comme dans les instants de joie, dans le bruit comme dans le silence, dans l’agitation du quotidien comme dans la solitude contemplative.
Le Coran nous enseigne :
« Ô vous qui croyez ! Invoquez souvent le Nom de Dieu et glorifiez-Le matin et soir. » (Coran, 33:41-42) L’homme qui s’imprègne de dhikr ne devient pas un ascète coupé du monde, mais un être enraciné dans la conscience divine. Il agit, parle et vit avec une présence intérieure qui transfigure chacune de ses actions. Il n’est plus dispersé, mais unifié.
Les sages disent que le dhikr doit s’ancrer si profondément en nous qu’il accompagne chaque souffle, qu’il devienne une seconde nature. On rapporte qu’un disciple demanda un jour à un maître soufi : « Quelle est la meilleure manière de se rappeler de Dieu ? » Le maître répondit : « Oublier tout ce qui n’est pas Lui. »
L’ultime remède contre l’angoisse moderne
Le monde moderne est caractérisé par une anxiété diffuse, une instabilité intérieure qui pousse à rechercher des compensations artificielles : hyperconnexion, divertissements permanents, consommation effrénée. Nous avons tout ce dont nous avons besoin matériellement, mais nos âmes sont affamées.
Le Coran nous donne une clé simple mais puissante : « En vérité, c’est par le rappel de Dieu que les cœurs s’apaisent. » (Coran, 13:28)
L’homme qui vit dans le dhikr n’est pas ballotté par les vents du monde. Il trouve en Dieu un refuge, un ancrage, une stabilité intérieure inébranlable. Il traverse les épreuves avec sérénité, car son cœur est attaché à une réalité qui ne change pas. Le dhikr est l’antidote au vide existentiel. Il est la réponse au mal-être contemporain. Il est ce qui permet à l’âme de respirer dans un monde qui l’étouffe.
Le dhikr, un mode de vie
Il ne suffit pas de prononcer des mots pour que le cœur soit éveillé. Le véritable dhikr est celui qui s’accompagne d’une présence, d’un sens, d’une conscience de Celui que l’on évoque. Il est un état d’être, une manière d’habiter le monde sans jamais oublier l’essentiel. Le Ramadan nous apprend à jeûner avec le corps, le dhikr nous apprend à jeûner avec le cœur : jeûner du futile, du superflu, de tout ce qui nous éloigne de Dieu.
Et si le dhikr devient un compagnon de chaque instant, alors peu importe où l’on se trouve, nous sommes toujours « chez nous », car nous sommes avec Lui.
« Souvenez-vous de Moi, Je Me souviendrai de vous. » (Coran, 2:152)
MashaAllah. Quel beau rappel ❤️ La douceur et la grandeur de Dieu… Que Dieu apaise nos cœurs